Accompagner les hyper-sensibles et autres zèbres

Share Button


Mes patients, pour ainsi dire tous, ont un profil d’hyper-sensible/atypique. Bon, je suis toujours réticente à figer les personnes dans des cases (et en l’occurrence, ces patients-là détestent les cases), coller, d’emblée, des étiquettes. De plus, l’hyper-sensibilité est à la mode. Tarte à la crème de la psychothérapie. Mais une chose est certaine : il est essentiel de valider leur énorme potentiel, les accompagner à reconnaître, accepter et transformer leurs belles différences.

A mes patients hyper-sensibles/atypiques et potentiellement surdoués/zèbres, je conseille de lire les classiques : Alice Miller, Christel Petitcollin, Jeanne Siaud-Facchin, Elaine Aron, Cécile Bost, Saverio Tomasella, Valérie Foussier, Monique de kermadec, Raymonde Hazan, Nadine Kirchgessner…lorsqu’ils se reconnaissent, l’image qu’ils ont d’eux- même change. La légitimité est salvatrice.

Ceux qui le souhaitent vraiment peuvent passer un test avec un psychologue habilité. La douance est souvent validée et les patients soulagés : Il existe une explication plausible à leurs troubles.

A l’inverse, il ne s’agit pas de se rassurer en se persuadant que toute personne fragile est surdouée. Car si tous les surdoués seraient hypersensibles, tous les hypersensibles/atypiques ne sont pas forcément surdoués, c’est-à-dire n’ont pas nécessairement un QI supérieur à 130.

Evidemment, et heureusement, tous les hyper-sensibles et surdoués ne sont pas en souffrance. Les enfants HP au profil dit laminaire, par exemple, ont des capacités cognitives, psychomotrices et relationnelles en adéquation avec la société. Ils sont bien dans leur peau et se sentent à leur place. S’il n’y a pas de déséquilibre entre leur intelligence intellectuelle et leur intelligence émotionnelle, s’ils sont suffisamment stimulés, ils ont toutes les chances d’aller bien. D’autres restent dans le faux-self, le masque social, toute leur vie sans que cela soit pour eux un problème.

Ce qui est certain : d’une part, les hyper-sensibles/atypiques et surdoués partagent beaucoup de caractéristiques, d’autre part, les protocoles pour les accompagner seraient sensiblement les mêmes.

La puce à l’oreille

Derrière l’ancien « cancre » se cache parfois le surdoué. En souffrance la plupart du temps, puisqu’il n’est pas reconnu et valorisé. Jeanne Siaud – Fachin appelle « zèbres » ces profils-là. Une belle métaphore : le zèbre n’est-il pas le seul animal sauvage que l’homme n’a pas pu domestiquer? Ses rayures lui permettent de se dissimuler et chacun, cependant, se distingue par un pelage unique. En caricaturant, le zèbre se serait finalement le « surdoué atypique ».
Lorsqu’on leur annonce que leurs enfants sont surdoués, les parents se souviennent parfois qu’ils étaient pareils au même âge. Cela leur met la puce à l’oreille. En effet : si votre enfant est diagnostiqué HP, il y aurait de fortes chances que vous le soyez également. L’intelligence dépendrait à 50% de la génétique, à 25% de facteurs environnementaux et à 25% de l’éducation.


Sauter du corps à l’âme

Certains spécialistes avancent que tout le monde naitrait « surdoué ». Puis, au fur et à mesure du développement, un processus « d’élagage » freinerait le foisonnement neuronal, sauf pour 10 à 15% des personnes.

L’hyper-sensible/atypique et le surdoué/zèbre auraient des perceptions intenses, des réactions extrêmes, une pensée systémique, en arborescence : chaque pensée donnant naissance à une multitude d’autres, ils fonctionneraient par associations d’idées. Les connexions neuronales seraient plus élevées et plus rapides que chez les gens « normaux ». Ils analyseraient et synthétiseraient une foule de données en même temps. Il y aurait également un déficit de l’inhibition : les informations seraient intégrées dans le cerveau sans être toutes triées. En outre, la pensée de ces patients, très complexe, « décrocherait » paradoxalement quand le sujet d’une réflexion serait trop simple. Bref, il ne s’agirait donc pas d’une pathologie mais bien d’une spécificité neurologique. En outre, l’hyper-empathie s’expliquerait par le nombre important de neurones miroirs qui jouent un rôle dans l’apprentissage et les processus affectifs.

Les femmes « zèbres » sont certainement les plus difficiles à « démasquer ». Elles étaient «appliquées», sociables, dociles, dans l’enfance. Pourtant, elles ont mis parfois beaucoup d’énergie à se sur-adapter, à camoufler inconsciemment leurs différences.

Non reconnus, les hyper-sensibles/atypiques et les zèbres peuvent faire tout voler en éclats vers 40/50 ans. Faire sauter la structure, tomber le masque. C’est la fameuse Crise de Milieu de Vie (CMV) dont parle Yung.

L’adolescence

La période critique pour l’hyper – sensibles et le zèbre : l’adolescence qui nie les différences. Parfois, les difficultés scolaires surgissent à ce moment-là, corrélées à un mal-être. Lorsque l’ado est entouré de professeurs ou de parents avertis, il pourra être dirigé vers un psy et passer, si cela est nécessaire, un test pour évaluer sa douance. Et même si elle n’est pas validée, son atypisme, son hyper – sensibilité seront à prendre en considération.

Je me suis formée pour aider mes patients hyper-sensibles/atypiques à comprendre leur souffrance et à se révéler. Testés ou pas, ils doivent, tout d’abord, reconnaître leurs différences, les accepter pour mieux se réaliser.

En effet, en libérant la parole, le corps, la créativité, en individuel comme en groupe, le patient apprend à apaiser son mental, lâcher-prise, se reconnecter à ses valeurs. Il se réconcilie peu à peu avec ses émotions et sensations. Il peut ensuite s’appuyer sur ses ressources (intelligence, empathie, intuition, talents, imagination…) pour déployer ses ailes et s’épanouir.

Je co-anime des stages sur le sujet.En savoir plus

Les signes d’une hyper-sensibilité, voire de la douance, ne trompent pas :

• Réflexion constante
• Sens aigu de l’observation
• Grande capacité de raisonnement et de résolution de problèmes
• Rapidité d’apprentissage et bonne mémoire
• Vocabulaire très riche, amour des mots
• Facilité avec les jeux de logique, les puzzles
• Hyper-sensibilité, hyper-émotivité parfois refoulées (du rire aux larmes)
• Appréhension du monde originale, non conformiste ou maladroite
• Sentiment d’imposture, de décalage
• Faible estime de soi
• Hyper- empathie et intuition
• Réfractaire à la hiérarchie, l’autorité
• Altruisme, soif de justice, posture du sauveur
• Désir de relations authentiques, de liens durables mais recherche de solitude
• Perfectionnisme, crainte de l’échec
• Attention et goût de l’effort quand un sujet est motivant, sinon, déficit de concentration
• Humour particulier
• Associations d’idées, pensées en « arborescence »
• Besoin de sens, de nourriture intellectuelle, sinon, impression de vide, d’isolement, d’ennui
• Grande créativité
• Anxiété, tendances à l’addiction
• Capacité d’émerveillement
• Lucidité, intuition
• Sens exacerbés
• Difficultés à gérer la frustration
• Centres d’intérêts variés
• Capacité à faire plusieurs choses à la fois
• Persévérance si une cause est intéressante, manque de concentration si elle ne l’est pas

Anick Rosas, psychothérapeute

Une réflexion au sujet de « Accompagner les hyper-sensibles et autres zèbres »

  1. Calligaro Christine

    Bonjour
    Je me reconnais dans cette description
    J habite Montpellier
    J ai 55 ans et je voudrais apaiser ce mental foisonnant
    Merci

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *