On ne change pas ! Par Colette Le Vaillant

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Change-t-on et chemine-t-on pour changer ? Je ne le pense pas.

Il arrive de réaliser s’être éloigné de soi-même, du fait de diverses influences extérieures, des injonctions plus ou moins muettes à se conformer à l’environnement, des peurs du rejet, du désamour et autre besoin d’appartenance.

Nous ne sommes plus aux manettes, nous nous sommes laissés dérouter de nous-même. Ce pantomime peut prendre la forme d’un beau personnage reluisant et sympathique. Pour autant, nos émotions et notre for intérieur reconnaissent le flagrant délit de pastiche.

Triste constat que l’oubli et l’agonie de soi. Mais comment discriminer ce qui est de l’ordre du doux rêve de l’enfant, de l’élan de vie en jachère, qui hurle ou pleure à l’intérieur, faute de trouver chemin de réalisation ? Voici un critère sous forme de question : Est-ce que je me sens réellement vivant et joyeux ? Je ne parle pas d’une effervescence de surface ou d’une exaltation, mais d’un ressenti de joie profonde, de Vie qui s’exprime, au niveau de la profondeur.

Toute démarche d’évolution ne vise pas à changer, mais à devenir soi-même, révéler ce qui était déjà là depuis le départ. Changer pour devenir le même ! La chenille porte en elle son devenir de papillon. Une épigénie de soi, comme en minéralogie, ce lent processus de mutation d’une roche, au sein d’une structure inchangée. Tantôt épigénie, tantôt l’inverse, tel le vieillissement d’un corps hébergeant la même personne, au travers de ses différentes facettes qui se dévoilent, s’expriment et s’effacent, laissant place à un nouvel aspect.

Pas de changement de nature dans le fond, mais une transformation du regard, donc d’accueil et de façon de vivre les évènements qui surgissent.

Au-delà du « Deviens ce que tu es » de Pindare à Nietzche, il s’agit de marcher vers soi-même puis, vers plus que soi-même. En effet, si le Tout est plus que la somme des parties, cela signifie, comme le disait Yvan Amar, que la partie, constituée par chaque individu, représente bien plus que la partie. Elle porte également la potentialité, la promesse du Tout, un germe de l’intelligence de l’ensemble. De fait, en accomplissant pleinement notre propre trajectoire, nous sommes invités à rejoindre ce Tout.

Plusieurs étapes se profilent : D’abord, prendre conscience et faire grandir ce ressenti d’appartenance au Tout, au sein duquel chacun a un rôle spécifique à jouer. Puis, laisser la Vie jouer sa partition à travers notre propre tessiture. Enfin se laisser intégrer, fondre dans cette intelligence d’ensemble, bien plus vaste que le simple assemblage de nos parties. Ceci est loin de constituer une démarche passive ! Elle exige de reconnaître, discerner, s’autoriser et rayonner de sa propre lumière, par et pour le Soleil commun.

Par ailleurs, cette incorporation au Tout est la seule capable de répondre à notre ressenti de manque, de séparation, d’incomplétude, à notre besoin d’appartenance, de nous sentir relié, inclus et aimé.

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